Les politiciens européens préfèrent la catastrophe
à la réforme !
La crise de la zone euro est moins une crise financière qu’une crise de
confiance. Aucun des pays de l’union monétaire ne donne l’exemple de la
détermination sans faille qu’il faudrait montrer dans la réforme de l’Etat
et des dépenses publiques. Même l’Allemagne, mieux gérée que les autres, est
affligée d’une dette qui ne lui permet pas d’espérer une croissance
significative.
L’excès d’endettement condamne l’Europe à une stagnation économique sans
fin. Pour briser ce cercle vicieux, il faut dans un premier temps baisser en
un ou deux ans toutes les dépenses publiques d’un taux pouvant atteindre 20
% (comme cela devrait être le cas en France), puis réformer les structures
des Etats-providence qui affligent l’ensemble des pays européens. Un seul
pays montrant l’exemple entraînerait tous les autres. La France est
idéalement placée pour jouer ce rôle… à ceci près qu’aucun de ses partis
politiques ne l’envisage un seul instant.
Il est évident que les politiciens européens préfèrent la catastrophe à
la réforme, pour la simple raison que la mise en œuvre de celle-ci provoque
immédiatement des réactions, alors que la catastrophe, tant qu’elle n’a pas
eu lieu, laisse espérer - fût-ce contre toute raison - qu’elle ne se
produira pas.
Bref, en Europe, on joue « petit bras », et c’est pourquoi on est en
train de perdre la partie. Les dirigeants de la zone euro ressemblent à des
oiseaux dans une volière. Ils parcourent en permanence et en tous sens
l’espace de leur cage à tire d’ailes sans que rien n’en résulte sinon un
piaillement continu et assourdissant qui laisse les peuples à demi-sourds.
On attend en vain une parole forte de l’un au moins de ces élus et comme on
ne la voit pas venir, on se dit qu’il faudra des évènements puissants pour que
surgisse enfin quelqu’un qui ait la stature d’un homme d’Etat.
Le drame européen est celui d’un malade dont le médecin n’a pas fait le
bon diagnostic et qui lui applique un traitement inefficace. Il n’y a plus
dès lors que deux hypothèses : ou bien le malade guérit spontanément, ou
bien il meurt. La première exige que le médecin soit éloigné du lit du
malade et laisse ainsi agir ses défenses naturelles. Cela peut arriver. On a
constaté que la Belgique, sans gouvernement pendant de longs mois, n’a pas
vu sa situation empirer. Qui sait même si elle n’aurait pas fini par aller
mieux que les autres si M. Di Rupo était resté chez lui avec son nœud
papillon. Mais la deuxième hypothèse reste évidemment la plus probable et
c’est à celle-ci qu’il faut se préparer.
Bien évidemment, un pays ne meurt pas comme un homme malade. Ce sont ses
structures qui s’écroulent, et ce qui meurt, c’est son système économique, social et politique. Mais les hommes et les femmes de ce pays, même s’ils
souffrent, restent vivants. C’est pourquoi il ne faut pas craindre plus que
cela la disparition des institutions que beaucoup croient éternelles parce
qu’elles ont duré longtemps.
L’histoire est sans pitié avec les sociétés qui ont oublié que la vie est
un combat. C’est hélas le cas de nos sociétés européennes, alanguies dans
l’assistance et la paresse, alors même qu’il y a à peine plus d’un
demi-siècle elles étaient dévastées par la guerre. L’oubli est souvent
nécessaire, mais à ce point…
Les évènements de la crise européenne se sont jusqu’à présent déroulés
comme un film au ralenti. Mais en pareil cas il vient toujours un moment où
ils se précipitent. Nous en sommes proches. Les citoyens doivent se préparer
à reprendre le pouvoir sur leur destinée. Ils trouveront alors en eux des
ressources qu’ils ne soupçonnaient pas.
« Qui ne sait que sans argent la paresse ne peut durer ? » disait déjà
Boccace. Il va falloir relire le Décaméron !
Claude Reichman
Porte-parole de la Révolution bleue.
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