Oui, un débat sur l’islam est nécessaire !
Pour ceux qui, à droite et à gauche, doutent de l'utilité d'un débat sur
l'islam, il suffit d'écouter le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan,
cité en exemple pour son "islamisme modéré" censé inspirer le monde
musulman. En 2010, de passage à Paris, il avait mis en garde la communauté
turque contre l'assimilation, comparée à "un crime contre l'humanité".
Lors de sa dernière visite en Allemagne, cette semaine, il a été plus
explicite dans le refus de s'adapter aux pays d'accueil, sinon par une
"intégration" minimum. "Personne ne doit nous arracher notre culture",
a-t-il déclaré devant sa communauté (2,5 millions de personnes), en
ajoutant: "Je veux que les Turcs soient présents à tous les niveaux, en
Allemagne, dans l'administration, la politique, la société civile". Mais
il a été encore plus loin, lundi, en déclarant que les enfants turcs "doivent
apprendre d'abord leur langue maternelle, et ensuite l'Allemand"…
Erdogan a au moins le mérite d'être clair.
Il est intéressant d'examiner ses arguments différentialistes. Ils sont
défendus en France par Tarik Ramadan, notamment, qui reçoit un écho très
favorable dans les cités d'immigration. Erdogan en appelle d'abord au "droit
international, (où) il existe une règle selon laquelle les immigrés doivent
entretenir la langue et la culture de leur pays d'origine dans les pays dans
lesquels ils vivent (...) Par conséquent, une politique qui consisterait à
priver les immigrés de leur langue et culture serait une infraction au droit
international". Il rappelle aussi que "l'islamophobie est un crime
contre l'humanité, autant que l'antisémitisme". Il voit enfin une
"discrimination" dans les réticences, notamment françaises, à une adhésion
de son pays à l'Union européenne. Erdogan s'était d'ailleurs énervé la
semaine dernière contre Nicolas Sarkozy et son voyage éclair en Turquie : "Nous
lui avons dit que son attitude concernant la Turquie est totalement erronée
et nous allons l'interroger sur ce point".
Ces comportements et déclarations aussi méprisants illustrent le complexe
de supériorité des "islamistes modérés" face à une Europe déjà soumise et
qui se laisse humilier sans vraiment réagir. C'est cette couardise politique
qui pose un problème à la France. Est-ce aux nouvelles minorités d'imposer
leurs règles au pays d'accueil ? Il serait bon d'écouter ce qu'en dit le
peuple.
Aucune raison ne justifie que l'islam demeure intouchable, même s'il
n'est pas question d'accuser l'ensemble des musulmans de vouloir négocier
leurs adhésions selon leurs intérêts. Beaucoup d'entre eux ont accepté
d'emblée les règles de la République laïque. Il empêche: un message clair
est à adresser à ceux qui pourraient se sentir conforter par les propos d'Erdogan
ou de Ramadan. Il ne s'agit pas seulement de statuer concrètement sur les
prières dans la rue, la mixité à la piscine et les repas halal dans les
cantines scolaires, comme le souhaite Sarkozy. Il faut oser dire non aux
prétentions et intimidations de l'islam politique.
Ivan Rioufol
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