L’Europe n’est pas
sauvée, et la France non plus !
Monopolisant ce soir les chaînes de télévision, Nicolas Sarkozy va… se
féliciter. Il fait ça très bien. Il faut dire d’ailleurs que, rares étant
les Français qui le félicitent, il a bien été obligé de prendre l’habitude
de le faire lui-même. Il va se féliciter de l’accord obtenu cette nuit à
Bruxelles, nous dire que c’est lui qui l’a arraché, qu’il a donc sauvé
l’euro, l’Europe, l’économie mondiale et surtout notre avenir.
Il lui faudra tous ses talents de bonimenteur (mais il en a) pour nous
vendre ce « succès ». En substance, pour faire face à la faillite des Etats
européens, on a, d’un coup de baguette magique, effacé la moitié de la dette
grecque et on va demander poliment aux Chinois d’approvisionner le fonds de
sauvegarde censé éviter les banqueroutes annoncées ailleurs à travers notre
vieux continent, en Espagne ou en Italie pour commencer.
Les Français, en butte aux pires difficultés, vont-ils réellement croire
qu’en effaçant des dettes (quelques milliards que quelqu’un devra bien finir
par rembourser) et qu’en empruntant aux Chinois (auxquels il faudra bien un
jour rembourser leurs milliards) on leur garantit un avenir enchanteur ?
Sarkozy a choisi les deux journalistes qui vont l’interroger ce soir.
Vont-ils avoir le courage, après lui avoir laissé le temps de se glorifier
de l’accord de Bruxelles, de lui poser des questions qui s’imposent, sur
l’augmentation du chômage (+ 4,5% en un an pour atteindre 4.441.600 chômeurs
toutes catégories confondues), sur les 6.000 licenciements annoncés par
Peugeot, sur l’échec de la France qui vient de rater le contrat pour la
construction d’un TGV en Arabie saoudite, sur l’augmentation de la TVA, sans
parler du triomphe menaçant des islamistes aussi bien en Tunisie qu’en Libye
?
Les Français ne comprennent plus rien, depuis longtemps, aux accords
–tous « de la dernière chance »- de Bruxelles et ils ont pris en grippe
cette Europe qui était censée leur apporter bonheur et prospérité et qui les
conduit aujourd’hui à se ruiner davantage encore pour payer les incartades
des Grecs.
Ils sont furieux quand on leur dit que, pour assurer l’avenir, il faut «
davantage d’Europe » et instaurer une « gouvernance économique » des 27. Ils
avaient rejeté la Constitution qu’on leur avait proposée par référendum.
Sarkozy n’a tenu aucun compte de leur vote. Aujourd’hui, on leur dit
carrément qu’il faut aller vers le fédéralisme et on ne leur demande pas
leur avis.
A six mois de l’élection présidentielle, les Français ne veulent plus
qu’on leur parle de l’Europe, du couple franco-allemand qui n’existe plus,
des malheurs de Papandréou. Ils veulent qu’on leur parle de la France,
c’est-à-dire du chômage, de notre balance du commerce extérieur, de
l’augmentation des prélèvements obligatoires et éventuellement des menaces
que l’islamisme pourrait faire courir dans nos banlieues.
Pour les Français, l’Europe n’est plus qu’un minotaure monstrueux perdu
dans le labyrinthe de Bruxelles. Sarkozy ne s’en sortira ni en nous
affirmant que tous nos malheurs viennent de la crise mondiale ni en nous
faisant croire que l’Europe nous sauvera de la déliquescence.
Thierry Desjardins
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