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12/3/22 Claude Reichman
     
               Les futurs nazis vous disent merci !

La guerre d’Ukraine n’a lieu que parce que la Russie est une dictature. Certains en France ont vanté Poutine en qui ils voyaient le défenseur de la chrétienté face à l’islam. Ils se sont trompés pour une raison simple, qu’ils auraient dû connaître : un dictateur ne défend jamais que son pouvoir.

Poutine s’est fait le défenseur de l’islam chiite parce qu’aux marches de son empire c’est l’islam sunnite qui le combattait. Il a sauvé le régime alaouite (une branche du chiisme) d’Assad pour cette raison et parce que cela lui donnait un port en Méditerranée. Il n’y a rien de doctrinal dans tout cela. Le pouvoir est au dictateur ce que le poumon était aux médecins de Molière.

Poutine est un avatar de l’histoire. Il s’est installé dans un fauteuil laissé vacant par le communisme. Il n’a rien fait d’autre que s’occuper à installer et consolider son pouvoir, alors que la mission d’un chef d’Etat postcommuniste aurait dû être d’instaurer en Russie une démocratie libérale. Quel que soit son successeur, c’est ce qu’il devra faire. La Russie appartient à l’Occident, elle doit s’y rattacher.

Tout ce qui nous éloigne de cette évidence est dramatique. Ce sont des morts, des souffrances, des destructions, des régressions de la civilisation inutiles. Plutôt que la fin de l’histoire, Fukuyama aurait dû s’attacher à étudier la fin du communisme et ce qui allait tenter de le remplacer. La liberté ne triomphera jamais aisément chez l’homme. Tout simplement parce que dans le fond de lui-même il n’est qu’un chimpanzé belliqueux et qu’il suffit souvent d’un seul individu pour provoquer une bagarre générale.

Les conditions de la paix et du développement économique sont connues. Elles incluent une politique d’armement inspirée des Romains : « Si vis pacem, para bellum. » On n’a jamais trouvé mieux. Mais ce qu’on n’a pas vraiment trouvé, c’est la maîtrise d’une situation où une grande puissance dispose de l’armée la plus puissante et des armes les plus redoutables. Elle doit à la fois faire en sorte de faire régner un ordre démocratique et la paix entre les nations et ne pas s’ingérer abusivement dans la liberté et l’indépendance des deux cents pays du monde. « Vaste programme ! » aurait dit le général de Gaulle.

C’est à ce dilemme que sont aujourd’hui confrontés les Etats-Unis. Leur tendance récente – et d’ailleurs ancienne – les pousse à l’isolationnisme, mais quand le sort de l’univers est en jeu, ils ne peuvent finalement pas se dérober. On l’a bien vu avec la deuxième guerre mondiale, dans laquelle ils sont entrés sans l’avoir vraiment voulu, même si Roosevelt pensait que c’était inéluctable.

Dans le ciel d’Afrique, un chasseur américain et un chasseur russe s’affrontent et finissent par s’abattre l’un l’autre. En les voyant tomber, un vieux singe dit pensivement à sa guenon : « Eh bien, bobonne, tout est à recommencer ! ». C’est une histoire qu’on racontait dans les années cinquante, quand l’affrontement entre l’Amérique et l’URSS faisait craindre le pire. Aujourd’hui, on ne sait plus vraiment quelle histoire raconter quand on en est à redouter une guerre nucléaire. Car même les singes ne sont plus très nombreux sur la planète (quelques centaines de milliers) et ils seraient évidemment vitrifiés comme tout le monde.

Jusqu’à présent, les Occidentaux ont fait preuve de sang-froid. Ils doivent garder leurs nerfs tant que Poutine ne sera pas devenu inoffensif. Et c’est alors qu’il faudra faire preuve d’intelligence, d’esprit prospectif et de connaissance de l’histoire récente, c’est-à-dire de l’histoire des deux derniers siècles.

Le pire danger pour l’homme, c’est la toute puissance de l’Etat. Bien entendu, l’Etat doit pouvoir faire face à ses missions régaliennes, mais cela ne demande pas un budget supérieur au tiers de ce que produit le pays. C’était d’ailleurs la conviction du général de Gaulle et j’ai entendu Chirac raconter que, jeune secrétaire d’Etat à l’économie et aux finances, il avait entendu le chef de l’Etat le lui dire.

Méditons ces lignes lumineuses de Friedrich Hayek : « Une fois que le secteur commun, où l’Etat est maître de tous les moyens, dépasse une certaine proportion de l’ensemble, l’effet de son action domine le système tout entier. L’Etat a beau ne contrôler directement que l’usage d’une partie des ressources disponibles, l’effet de ses décisions sur le reste de l’économie devient si grand qu’il contrôle indirectement presque tout. En Allemagne, par exemple, les autorités centrales et locales contrôlaient en 1928, d’après une revue officielle allemande, 53 % du revenu national. En pareil cas, ces autorités contrôlent presque toute la vie économique de la nation. Alors il n’y a guère de fin individuelle dont l’achèvement ne dépende de l’action de l’Etat, et l’ « échelle sociale de valeurs » qui guide l’action de l’Etat doit embrasser pratiquement toutes les fins individuelles. » (La route de la servitude). On comprend ainsi que le nazisme n’a eu aucune difficulté à contrôler la société allemande !

Partout dans le monde, les hommes de la liberté doivent se battre pour maintenir l’Etat dans ses limites. Il en va de la paix du monde, et même de sa survie. Aujourd’hui, en France, se déroule une campagne pour choisir le président de la République. Je n’ai à ce jour entendu aucun candidat tenir un tel langage. Sont-ils donc des nazis en puissance ? Bien sûr que non. Mais les futurs nazis pourront les remercier !

Claude Reichman

                        
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