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29/7/23 Claude Reichman
     

                 

Quelques hommes décidés suffiront pour sauver la France !

Diogène est universellement célèbre depuis vingt-quatre siècles pour avoir refusé de vivre selon les canons de son époque. Nous devrions nous interroger sur les raisons de sa conduite. Sans doute la vie en société a-t-elle toujours été pesante, même si l’homme est un être sociable. La tentation de l’île déserte - ou du monastère - a toujours existé. Elle fait partie de l’arsenal de l’homme pour supporter sa condition. Nous courrons éperdument vers des progrès censés nous libérer des pesanteurs de la vie. Mais chaque progrès nous rend un peu plus dépendant de la société.

Nous sommes arrivés au stade où nous allons devoir agir pour nous simplifier la vie. C’est évidemment une tâche très complexe. Car dès l’instant où l’on se met en devoir de l’accomplir, les obstacles se dressent sur notre ambition. Car en fait nous tenons à tout ce que nous avons. Se démunir au profit d’une ascèse religieuse est finalement plus facile. Car il suffit de se limiter au besoin vital et d’éliminer tous les autres. Mais pour l’homme désireux de sauvegarder les éléments de civilisation qui lui permettent de vivre selon son temps et ses aspirations, les choix sont cruels. Finalement, il refuse de choisir et vit comme il n’a plus envie de vivre. On appelle cela le mal-être.

La France est un magnifique champ d’expériences pour le choix de vie. Tout simplement parce qu’elle accumulé en moins d’un siècle tout ce que l’homme peut construire pour se compliquer l’existence. J’avais ironiquement placé en exergue d’un de mes ouvrages la phrase suivante : « La France jouit d’un Etat fort et d’un climat tempéré. ». Le climat tempéré fait de notre pays un de ceux où il fait bon vivre. L’Etat fort nous pourrit la vie.

C’est l’Etat fort qui est responsable du mal-être français. Le général de Gaulle l’a voulu parce qu’un Etat faible avait conduit la France à la défaite. Sans doute a-t-il compris après les évènements de mai 68 qu’il fallait redonner aux Français un peu de liberté. Mais il n’avait aucune solution à proposer, sauf la tarte à la crème de la participation, qui est le moyen de donner quelque chose en le conservant et n’a aucune chance de séduire le peuple.

Et depuis, des générations de technocrates se sont acharnées à construire des édifices administratifs de plus en plus complexes, porteurs pour le peuple d’obligations de plus en plus pesantes et contraignantes, et créateurs de déficits sans cesse augmentés jusqu’à amener la France à un état de faillite que seule la solidarité bancaire européenne nous permet provisoirement d’éviter. Ceux qui maudissent l’Europe à chacune de leurs phrases devraient nous dire comment ils feraient sans elle. Certes, ils peuvent répondre qu’une bonne gestion nous sauverait, mais ils n’en décrivent jamais les contours.

La France est en manque cruel de vrais penseurs. Je n’entends pas par cette expression faire appel à d’immenses génies, mais simplement à des Français instruits, intelligents, et à l’esprit libre. Il y en a beaucoup dans notre pays, il suffit qu’ils veuillent bien se pencher sur ses problèmes et proposer des solutions. Ils ne sont amorphes que par la perte de tout espoir dans le régime français. Qu’ils se disent qu’à force de l’attendre, le grand soir va finir par arriver. Et qu’il vaut mieux s’y préparer.

Ma proposition consiste à nous appuyer sur la jeunesse tout en nous efforçant de sauvegarder les plus âgés. Nos jeunes gens n’ont aucun besoin des régimes sociaux, qui ne sont que des régimes d’assurance et qui ont leurs équivalents - bien gérés - dans l’économie libre. Laissons-les se protéger eux-mêmes, ils le feront très bien. Le coup de fouet donné à l’économie permettra de dégager les ressources nécessaires pour protéger les plus âgés qu’on a immergés pendant des décennies dans des puits sans fond incapables de leur rendre ce qu’on leur a pris.

Nos jeunes gens n’ont aucun besoin non plus des régions, qui ne correspondent à aucune réalité dans notre pays et qui n’apportent rien à la collectivité. Pas plus que les comités Théodule et les hautes autorités, qui ne sont que des passoires financières assurant l’agréable transfert des ressources publiques aux poches privées.

Cela peut être fait d’un simple trait de plume. La suite appartient à la vie, qui est porteuse d’initiatives et de réussites qu’aucune administration n’a jamais produites. « Franco est mort », annonça un ministre. « Oui, mais qui va aller le lui dire ? », demanda un autre. Tout le monde l’a su très vite et personne n’a eu à se dévouer pour lui apporter la mauvaise nouvelle. L’Espagne est sortie de la dictature. Il reste à la France d’en faire autant, même si sa dictature est différente.

Que quelques citoyens décidés s’unissent, et cela suffira. Aucune action de masse n’a commencé par une action de masse. Et tous ceux qui ont vaincu des dictatures disent la même chose : au début, nous n’étions pas nombreux. Quelle chance nous avons : nous ne sommes pas nombreux non plus !

Claude Reichman






 

 

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